Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /Sep /2009 20:28

 


Finalement, Chloé a un peu peur. C’est pourtant elle qui a réclamé cet été à sa mère le droit d’aller toute seule à l’école, à partir la rentrée. Au début Maman, responsable, a répondu non, mais Maman n’a jamais trop la patience de résister à Chloé, alors au bout de quinze jours de regards assassins et déçus, « tu sais je ne t'aime pas tant que ça », Maman a cédé, hier soir.

En venant embrasser sa fille dans son lit, elle lui a dit « Au fait, c’est d’accord pour demain!». Alors que Chloé se préparait à exprimer sa joie, voire sa reconnaissance, elle a vu dans le sourire de Maman une espèce de défi attendri, compatissant. Elle n'a pas compris exactement ce que c'était, mais ça lui a pincé quelque part entre la gorge et l’estomac, son corps s’est raidi, et après le câlin-du-soir, elle s’est laissé tomber contre l’oreiller comme un bout de bois, tandis que sa mère quittait la pièce. La garce.

 

 

Je pourrais ne pas traverser la rue, pense soudain Gilles. Qu’est ce qui m’y oblige, finalement? Le feu vient de passer au vert, ses deux chaussures attendent sur le bord du trottoir, et Gilles pense comme un vertige qu’il peut ne pas avancer. Encore plus troublante, l’idée que chacun pourrait prendre cette même décision. Qu’est ce qui se passerait si là, il décidait de ne pas bouger, de laisser passer le bus, de ne pas aller s’asseoir dans sa nouvelle classe ? L’éventualité d’une non-journée s’approche, l’effleure, lui plaît bien. Une journée négative, où par exemple, Gilles irait écouter des CD à la Fnac, achèterait des cookies chocolat au lait/amandes et les mangerait assis au bord d'une fontaine, pas forcément belle, même moche, tiens. Il y aurait des pigeons, moches aussi.

Derrière lui, quelqu’un le bouscule avec une hargne polie. Sa chaussure droite déborde un peu au-dessus du macadam.

 

Et ce matin dans le métro, droite car elle n’ose pas appuyer la tête contre la vitre, Chloé a un peu peur. Le sourire de Maman flotte en elle comme un bol de céréales trop vite avalé. Elle aurait voulu que ce sourire soit différent.

 

 

 

Par mad - Publié dans : Gilles
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Commentaires

j'aime beaucoup le "la garce" !!!! tres bien as usually, vivement la suite !
Commentaire n°1 posté par Astrid le 25/09/2009 à 01h15
Que ce serait-il passé ? Les gens auraient tous pu se regarder dans les yeux dans la rue, se sourire, penser tout bas la même chose au même moment : plutôt-que-de-se-croiser-se-rater-se-lamenter-de-ne-jamais-se-rencontrer-pourquoi-ne-pas-se-parler-pou-une-fois-? Ils auraient souris, égayés par cette idée d'une nouvelle manière d'occuper le temps, de le rentabiliser, se connaître les uns les autres et prendre la peine de s'apprécier. ça aurait été bien comme ça.
Commentaire n°2 posté par manu le 04/10/2009 à 18h11
ça aurait été bien comme ça. mais est ce que ça se passe comme ça, des fois?
Réponse de mad le 04/10/2009 à 20h10
oui, mais souvent bourré, rarement avec des gens de ta nationalité, et parfois avec des arrières pensées !
Merci pour ta soirée c'était cool ;-)
Commentaire n°3 posté par manu le 05/10/2009 à 01h44

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