Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 12:53

 

 

« Allez chérie, choisis. »

« Chérie? »

« Chérie... »


Elle est géniale. Elle fait parfaitement la gueule. Plantée sur le carrelage blanc, le front qui arrive tout juste au dessus des bacs à glace, elle regarde partout, sauf en direction de son interlocutrice. Elle roule des yeux comme personne, vers le haut vers le bas, louche du côté de la porte, et ignore sa mère comme une princesse, dans son bermuda jaune.
Le vendeur s'impatiente avec douceur. Au mois d'août il est interdit de presser le client, et comme il n'est que 17 heures, il a même le courage d'un sourire vers la princesse.
Et vas-y que je t'ignore.

Gilles observe tout ça depuis l'entrée du glacier. Il est clair que la princesse fait la gueule à toute l'espèce humaine, il n'espère donc pas échapper à la règle.


Mais Maman s'énerve. Sans trop savoir, elle saisit la main du bermuda jaune avec brutalité, et l'emmène dans un coin.

« Jeune homme, qu'est ce que je vous sers? »
« Ah euh... »
De loin, Gilles voit les joues de la princesse rosir, son regard s'ancrer dans le sol. Elle a un pansement derrière le pied droit et une traînée de sable encore mouillé sur l'avant-bras.
Gilles se décide.
« Euh... Je vais prendre café, et... »
Une voix salée s'élance dans son dos.
« Je veux une double, framboise et pomme. S'il vous plaît. »
Gilles se retourne, se baisse pour chercher le regard, encore raté.
Par mad - Publié dans : Gilles
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 00:29

Gilles avait une fille dans le coin de la tête, mais c’est avec sa mère qu’il partait en vacances, et c’est Nostalgie qu’ils écoutaient, là.

Tout ça l’emmerdait vaguement. Cette voiture, ces Vichy en lieu de Dragibus, cette odeur écœurante de poussière tiédie au soleil. 17h37, plus que 23 minutes, et ce serait son tour de choisir la station de radio.

 

Anne osa lâcher la route du regard un instant, pour jeter un œil à son fils. Histoire de vérifier qu’il fixait toujours le paysage à la fenêtre. Et oui.

Les phrases tournaient au bord de ses lèvres :

« Je crois qu’on va avoir de la chance, avec le temps ! »

« Dis donc, t’aurais pas laissé ton jean noir dans le sèche linge ? »

« Tu sais ce qu’elle me rappelle, cette chanson ? »

Elle en sentit une déborder, la retint dans l’urgence.

 

Au moins, il faisait plutôt beau. De toute façon Gilles savait qu’il serait content, une fois arrivé. Du coup, il comprenait encore moins pourquoi il se faisait la gueule à lui-même. Peut-être à cause de cette chanson, en fait, ou bien de ce coin de la tête qui avait mal terminé, quelques jours plutôt.

Il s’imagina : « Maman, faut que je te raconte, je me suis pris un sale râteau, l’autre soir ».

Ça, au moins, c’était drôle.

 

 

Par mad - Publié dans : Gilles
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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 17:52

A quelques jours de la fête des pères, le Furet du Nord (comme la Fnac, mais à une heure de train de Paris) a sélectionné une dizaine d'ouvrages supposés plaire aux papas de toute la France. Et ne vous avisez pas d'aller chercher plus loin...

 


Dimanche, Jean-Claude, passionné par l’Egypte antique (pour leurs trente ans de mariage, leurs amis leur ont offert, à Cécile et lui, une croisière sur le Caire, c’était superbe mais qu’est-ce qu’il fait chaud dans ces pays-là), recevra donc de sa fille le Toutankhamon de Christian Jacq.

Pendant ce temps-là, les enfants de Michel tenteront d’initier leur père à la littérature contemporaine américaine avec La route, de Cormac McCarthy. Nicolas penchait plutôt pour Désert, de Le Clézio (« attends, papa dit toujours qu’il adorerait visiter le Sahara »), mais Nina est restée inflexible (« si ça lui fait prendre conscience des vraies choses importantes, tant mieux!»).

A l’apéro, entre deux tomates cerise, Laurent déballera la Chronique du règne de Nicolas 1e. Patrick Rambaud sera censé consoler ce socialiste en pleine crise identitaire de l’humiliation européenne, encore brûlante.

De son côté, Margaux la joue diplomate en offrant L’aube le soir ou la nuit, récit d’une campagne électorale victorieuse, à son sarkozyste de père. Vu le sourire qui accompagne le cadeau, Stéphane ne sait pas trop comment il doit le prendre, mais l’heure n’est pas à l’esclandre. Plutôt au gigot-flageolets.


Le samedi après-midi, devant le stand du Furet, Clément a longtemps hésité entre la facilité et l’audace. Il tient dans une main "Mon cher Papa...", le recueil Folio du mois (toujours là quand il faut), et dans l’autre La part de l’autre, la rêverie hitlérienne d’Eric-Emmanuel Schmitt. Main gauche : deux euros, ça fait pas beaucoup quand même… Main droite : et s’il le prenait mal ?

Finalement, Thierry recevra donc un bon vieux Philippe Delerm. Plus impersonnel, tu meurs…

Par mad - Publié dans : histoire de
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 18:09

Samedi matin, 7h50, Anne se réveille d’un geste. Encore la même image dans les yeux.

Elle entend des bruits dans la cuisine, un tabouret qui grince, Gilles, son fils, qui s’apprête à partir. La porte claque. Une fois de plus, il a oublié d’éteindre la radio.

Elle se retourne dans son lit sans conviction. Elle convoque l’image à nouveau. Tu vaux pas mieux qu’une adolescente…


Elle ferme les yeux contre l'oreiller.

L'image: Debout dans une autre cuisine, au carrelage rouge celle-là, appuyé contre une table, un homme tient une tasse de café entre les mains. De là où elle est, elle devine l’odeur du sommeil sur son t-shirt, ou peut-être bien qu’elle l’invente, comme les grains de sable échoués dans sa barbe. Il fait gris, dehors, pourtant il n’est pas si tôt. Elle se rappelle avoir pensé à leurs chaussures, sûrement trempées par la nuit. L’homme tourne le visage loin d’elle, tousse, elle se dit qu’il va parler. Au lieu de ça, il essuie les gouttes au bord de la tasse, une à une, du bout des doigts. Elle sent les mots monter dans sa gorge.

 

8h02, la porte s’ouvre. Gilles et le froid se glissent dans sa chambre.

« Maman ? Tu peux m’amener, j’avais oublié, ya pas de bus, aujourd’hui… »

 

Par mad - Publié dans : Gilles
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Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 00:54

 

Presque à chaque fois, en sortant du métro, j’aperçois Bob Dylan derrière la vitre du Mac Do. Et je ne sais jamais si je trouve ça triste ou si ça me fait plaisir. Ou si je trouve ça triste que ça me fasse plaisir.



Par mad - Publié dans : Vrac
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  • : Dans la vie rêvée des fleurs, Isabelle A. a un rencard avec Al P. Sur la route, elle croise Sofia C. qui boit une bière avec Bob D., qui termine un livre de Lewis C., et en écoutant Ben H., elle se dit...
  • (blog en construction cherche raison d'être)

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